04/10/2012

Diviser pour régner

La grande victoire de la droite dans le processus de révision de la constitution n’aura pas été de parvenir à inscrire son bréviaire ultralibéral dans le texte du projet. Rien de plus normal en effet que la droite préconise et défende une politique de droite. Non, la grande victoire de la droite est d’avoir réussi à attirer dans son « camp » une majorité d’élus constituants socialistes et verts et d’avoir ainsi ruiné toute chance de parvenir à un projet constitutionnel acceptable par tous à défaut d’être résolument progressiste.



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une main de "FER"

La bascule s’est produite il y a environ deux ans, lorsqu’à l’issue de la première phase de travail en commissions, la FER, le puissant lobby patronal, avait tapé du poing sur la table. Convoqué par le syndicat des patrons, la « droite élargie » de l’assemblée constituante avait été sommée de reprendre en main le processus constitutionnel et de réduire à néant toutes les velleités progressistes de la gauche.

 

Cette reprise en main – de FER - du processus constitutionnel par les milieux ultralibéraux a failli faire capoter le projet tout entier. En effet, toute la gauche, refusant le « diktat » patronal, avait quitté l’assemblée à la suite d’un amendement provocateur présenté par le mentor de l’extrême-droite populiste et qui avait mis le feu aux poudres lors d’un fameux 25 mai 2010. (voir mémorial de l’assemblée constituante du 25 mai 2010 – Session no 10 – Procès-verbal page 1719)

 

poupées de chiffon

Et puis, le travail de sape a peu à peu fait son effet. Les élus de gauche les plus maléables et les plus inexpérimentés se sont peu à peu fait « embobiner » par les fins stratèges d’une droite carnassière et sans états d’âme. N’a-t-on pas vu - à réitérées reprises - le chef du groupe socialiste de la Constituante parapher, présenter puis défendre en plénière, des amendements rédigés de la main du chef de groupe libéral ? N’a-t-on pas, à réitérées reprises, entendu de la part des élus verts ou socialistes qu’au nom de leurs « convergences » avec le lobby patronal, la gauche devait successivement renoncer à l’ensemble des maigres avancées obtenues lors des travaux de commission… Manipulés comme des poupées de chiffon, ces élus se sont peu à peu enfermés dans leur logique de compromission et de reniement. Ils ont alors cédé sur tout. Et tout ce qui aurait pu rendre ce projet acceptable est effectivement passé à la trappe.

 

victoire totale

La victoire de la droite est donc totale. Aucune avancée sociale ou politique significative n’a trouvé place dans le projet final. Tous les articles constitutionnels ajoutés au texte actuel à la suite d’initiatives populaires ont été soit biffés soit édulcorés au point de perdre leur sens. Enfin, l’idéologie ultralibérale de mainmise du privé sur le secteur public est désormais consacrée, gravée dans le marbre constitutionnel. La droite l’a rêvé, la go-gôche l’a fait !

gauche divisée et affaiblie

 

Mais - et c’est peut-être le plus préoccupant - la gauche sort de ces quatre années profondément divisée et très affaiblie. La frange libérale-socialiste en cédant aux sirènes du lobby des droites a rompu avec son aile sociale, populaire et progressiste. Les partis socialiste et vert ont montré qu’ils préféraient renier leur électorat plutôt que de respecter leurs engagements.

En cas de victoire du oui, le lobby patronal pourrait ainsi réussir, après quatre ans de travaux de la Constituante, ce qu’il n’avait jamais atteint jusqu'alors. Il a profondément et peut-être durablement divisé la gauche. Il a fait émerger, au sein des partis de gauche gouvernementale de jeunes arrivistes, prêts à toutes les compromissions pour assouvir leur soif inextinguible de pouvoir…

 

Il ne reste aux forces de progrès qu’un seul espoir, celui d’un NON populaire, net et sans appel, au projet de constitution trompeur et rétrograde le 14 octobre prochain.

Pierre Gauthier

Constituant AVIVO et président de la commission des droits politiques de l'Assemblée constituante

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