02/11/2012

Résistants et collabos...

 

affiche-rouge1.jpgChère Salika,

Voilà quelques années que l’on se connait, que l’on se côtoie, que l’on rigole, que l’on peste, que l’on jure, que l’on médit, que l’on est, sinon amis, du moins que l’on est proches. Enfants de l’école républicaine, nous partageons la même génération. Celle qui voue un amour immodéré au Paris de notre enfance et de notre jeunesse. Ce Paris populaire et gouailleur qui a aujourd’hui disparu derrière les gueules lisses et le discours châtié de l’armée de pisse-froid bobos qui l’ont envahi et châtré... repoussant dans les banlieues – les lieux de bannissement – la population bigarrée qui en faisait hier le charme et l’âme.


 

toujours politiques jamais anodins

Voilà quelques années que l’on partage des combats, genevois, toujours politiques, jamais anodins. Des engagements qui ne volent pas très haut parfois, ou qui, au contraire, atteignent quelque hauteur de vues et de principes. Ancrés à gauche, encrés à gauche, nous n’avons jamais renié nos origine républicaines : nous sommes les enfants de Gavroche et de Louise Michel qu’un seul slogan résume, au-delà des différences de milieux et d’origine, « Liberté, Egalité, Fraternité ! »

 


mal famé, mal aimé, mal connu

Immigré à Genève en 1974, je me suis installé avec ma petite famille aux Pâquis en 1979. C’est là qu’avec d’autres, parents d’élèves comme moi, nous avons fondé l’association des parents d’élèves de Pâquis-centre. Une association qui s’est implantée dans un quartier qui était alors un presque désert social et associatif. Avec l’équipe du comité et des animateurs du Centre de loisirs, une dynamique s’est créée et de nombreuses autres  associations ont commencé d’essaimer. Sauvegarde des Bains des Pâquis, protection des parcs, modération du traffic, intégration des étrangers, vie de quartier, animations… ce quartier, je l’ai quitté en 1995. Si mal famé, si mal aimé, si mal connu, ce quartier est pourtant devenu un véritable lieu de vie et de convivialité pour ses habitants quels qu’aient pu être leur niveau social ou leur origine.

 

L’association Survap est née de cette dynamique populaire. Elle est aujourd’hui un pivot essentiel pour le maintien de cette inimitable qualité de vie des Pâquis. C’est donc cette association - et celles et ceux qui la font vivre - qui aujourd’hui agit pour maintenir cette convivialité de quartier toujours plus menacée par les appétits gargantuesques et dévastateurs d’une poignée de promoteurs et de financiers carnassiers.

 

44-tract-crime.jpgrésistants et collabos

Alors, comment, chère Salika, as-tu pu te méprendre à ce point et traiter les animateurs de Survap de « miliciens » et de « délateurs » ? Pourquoi ces mots terribles qui sonnent comme le sinistre roulement de tambour précédant une exécution capitale ? Pourquoi cette invective monstrueuse qui nous ramène au temps maudit où les « miliciens » à la solde de Vichy poursuivaient Manouchian et torturaient à mort les jeunes qui refusaient l’ordre nouveau ? Pourquoi ce mépris envers ces habitants, simples amoureux et défenseurs de leur quartier ? Pourquoi confondre ces militants de la convivialité avec les ignobles criminels qui dénonçaient les juifs à la Gestapo ? Tu dérailles Salika !

 

quel gâchis

Nous savons que le combat politique fait parfois l’effet de l’ivresse et que les mots peuvent dépasser la pensée. Aurais-tu donc perdu la conscience de la frontière – infranchissable et bien marquée - qui sépare les « collabos » d’avec les « résistants » ? De qui es-tu donc devenue l’otage pour renier ainsi les valeurs de cette gauche républicaine que l’on croyait pourtant chevillée définitivement à ton corps ? Comme le dit une de mes amies, habitante des Pâquis : « quel gâchis ! »

Pierre Gauthier

Commentaires

Très beau texte.

Merci

Écrit par : Bertrand Buchs | 02/11/2012

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