17/04/2013

Le poids des mots, le choc des idiots

Ce lundi 15 avril en plénière du Conseil municipal genevois, nous avons assisté à de bien inquiétants dérapages verbaux à l'occasion du débat au sujet d'un amendement anodin.

J'avais déposé cet amendement pour compléter le projet de restauration des bâtiments du cimetière de Châtelaine, aujourd'hui en bien piteux état.

La "chapelle" du cimetière - qui sert aujourd'hui de remise à outils - est décorée de vitraux et d'autres objets cultuels d'obédience chrétienne. L'amendement demandait donc : "l’installation de dispositifs permettant de réaliser la stricte neutralité religieuse de la chapelle."

En d'autres termes, l'amendement demandait le simple respect de la nouvelle Constitution qui précise, en son article 3, que l'Etat (entendez l'Etat et les Communes) est laïque et qu'il observe une neutralité religieuse.

 

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Liberté absolue de conscience

La laïcité est, on ne le répètera jamais assez, la séparation des églises et de l'Etat. A la sphère publique la gestion des affaires publiques, à la sphère intime et privée la gestion des croyances et des convictions individuelles. Les autorités publiques protègent le libre exercice des croyances individuelles mais, ces dernières s'engagent à ne pas interférer, au travers principalement de leurs différents clergés, dans les affaires publiques. Cette séparation est ainsi la garantie des libertés individuelles et le rempart contre les querelles religieuses qui ensanglantent les pays où la laïcité n'existe pas.

Calvingrad

A Genève, que l'on nomme abusivement la Rome protestante, un homme a profondément et durablement marqué les esprits: Jean Calvin. Objet d'un culte presque obscène, cet homme a, sous couvert de religion, instauré un régime de terreur et de mort sur la Cité. voir http://prolib.net/pierre_bailleux/histoire/204.005.calvin.htm Or, c'est en invoquant ce cruel partisan de la rigueur et de la dictature que les opposants à cet amendement ont traité son auteur de "terroriste révisionniste"... Rien que ça!

Radio mille collines

Au début des années '90', la guerre civile au Ruanda a fait des millions de morts. Femmes, hommes, enfants, vieillards, ont été cruellement découpés à coups de machette par des hordes barbares galvanisées par les propos sanguinaires d'assassins. Instigatrice de la haine et des tueries, La tristement célèbre 'Radio 1000 collines' appelait au meurtre à longueur de journée.

Aujourd'hui, toutes proportions gardées, utiliser des mots dont la signification précise est sans équivoque pour accuser un adversaire politique de "terrorisme" ou de "révisionnisme" relève d'un état d'esprit comparable à celui qui agitait les criminels contre l'humanité de "radio 1000 collines. Le comportement hystérique du ban et de l'arrière ban de ces prétendus défenseurs de la religion chrétienne nous révèle en effet ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être: les adversaires les plus résolus de la liberté, qu'elle soit de conscience et de culte.

Le sabre et le goupillon

De tout temps, la bigoterie et la superstition sont le refuge et le réconfort des simples d'esprits. Que n'a-t-on pas fait faire au petit peuple au nom de dieu? Et combien de crimes haineux et sordides ont-ils été commis au nom d'un prétendu dieu d'amour ou d'un prophète? Aujourd'hui encore, les pratiques cultuelles - pas seulement dans les campagnes reculées - sont fortement teintées de paganisme, de magie et de recherche, compulsive mais infructueuse, du surnaturel.

Tant qu'il s'agit de répandre les cendres de la bûche de Noël sur les champs pour hâter la croissance du blé de printemps, d'implorer "saint" Antoine pour retrouver un objet perdu, de brûler un cierge ou le bonhomme hiver, personne ne peut y voir malice.

Mais, au prétexte fallacieux de défendre leur croyance - ni plus ni moins légitime qu'une autre, ni plus ni moins légitime qu'une incroyance - les bigots simples d'esprits n'ont pas le droit de confondre liberté avec terrorisme et neutralité religieuse avec révisionnisme. De l'opium du peuple à la bombe qui explose et tue aveuglément, il n'y a qu'un pas, ils l'ont franchi ce lundi 15 avril.

Bourreaux de la liberté

Nul ne peut être nostalgique de l'inquisition, de la monarchie de droit divin ou, pour ce qui concerne Genève, de l'omnipotence dictatoriale et totalitaire d'un 'consistoire' dominé par le sinistre Calvin. Un consistoire qui n'hésitait pas à condamner à mort celles ou ceux qui commettaient le "crime" de danser et de chanter.

Au lieu de traiter les défenseurs de la liberté et de la laïcité de "terroristes révisionnistes", les bigots adulateurs de Calvin seraient bien inspirés de méditer la signification de la fameuse parabole de la paille et de la poutre. Eux qui croient si fort aux esprits, à la résurrection des morts - et donc aux revenants - devraient en effet craindre que, pour raviver leur mémoire défaillante, les fantômes de Michel Servet, de Jacques Gruet, de Sébastien Castellion, de Françoise Perrin surnommée "la Franchequine" et de toutes les victimes passées et présentes de leur sauvagerie ne viennent hanter leur sommeil de bourreaux de la liberté et de l'intelligence.

Pierre Gauthier

 

 

 

Commentaires

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http://micheleroullet.blog.tdg.ch/archive/2013/04/21/negationnisme-culturel.html

Écrit par : Michèle Roullet | 21/04/2013

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