27/06/2013

Pour les employés de Naxoo: sévice public

Texte prononcé lors de la séance du lundi 24 juin au Conseil municipal de la Ville de Genève lors de la discussion de la proposition du Conseil administratif de vendre les actions de Télégenève022 (Naxoo) à l'entreprise américaine UPC Cablecom.

DSC00500_2.jpgComment peut-on imaginer vendre à vil prix les parts que la Ville détient dans une entreprise telle que Naxoo ? Nous ne le comprenons pas, nous ne l’accepterons pas. Si nous devions chercher une explication, cette explication ne pourrait être que dogmatique. De cette dogmatique ultralibérale, cette pensée unique, cette pensée inique, cette pensée cynique, qui ravage les économies des nations et qui - telle que nous le rapporte la légende des Huns d’Attila - ne laisse derrière son passage que ruines, cendres, misère et désolation. Cette dogmatique a un nom: "la politique de la terre brûlée."

 

 

 


tout mettre en concurrence avec tout, tout privatiser

Cette idéologie délétère a déjà gangrené une partie importante de la classe politique or, aujourd’hui, nous le constatons avec tristesse, elle a même touché les partis qui autrefois, ou naguère, se réclamaient encore de la gauche. Cette politique conduit à la catastrophe comme on l’a vu récemment dans un nombre croissant de pays d’europe. Ce dogmatisme, étroit, obtus, meurtrier, repose sur un seul principe : il faut tout mettre en concurrence avec tout et donc il faut tout privatiser.

 éradiquer la notion même de service public

Selon ce dogme la notion même de service public doit être éradiquée, les lois doivent être abolies, tout doit être dérégulé. Pour cette idéologie mortelle nous ne sommes plus des citoyennes ou des citoyens partageant avec d’autres une communauté de destin. Non, nous ne sommes plus que des consommateurs, des individus, solitaires comme des loups. Seuls mais, en concurrence permanente les uns avec les autres. C’est la loi de la jungle remise au goût du jour par les apprentis sorciers de la finance de casino.

 perte de contrôle, perte d'indépendance, perte de liberté

Naxoo, notre téléréseau, est-il un service public ? Oui, chères et chers collègues, c’est un service public et, à ce titre il doit rester en mains publiques.

Nous sommes au 21ème siècle, à l’âge de l’interconnection des réseaux d’information, à l’âge du web, à l’âge d’Internet. Permettons-nous un parallèle : après que l’être humain ait domestiqué l’électricité, sa production, son transport et sa distribution ont été confiés à des régies publiques. Car, l’électricité est un bien collectif dont la gestion est un service public.

 L’information qui circule dans les réseaux est aujourd’hui, pour nous, ce que l’électricité était hier : un flux devenu aussi vital que l’est le flux d’énergie électrique. Le réseau télégenève qui transporte et distribue ces flux de données, en plus de la télévision, est donc un service public indispensable. Il importe de le conserver en mains publiques sinon nous en perdrons le contrôle et, avec lui, notre indépendance gage de notre liberté.

l’illusion d’être important

J’ai entendu ça et là quelques collègues se demander si c’est le rôle d’une collectivité que de distribuer dans les foyers des programmes de télévision dont, parfois, le niveau culturel laisse à désirer et dont la qualité est plus que discutable ? Certes, notre télé locale pourrait être plus intéressante mais, convenons que certaines émissions vespérales, bien qu’affligeantes de vanité, de vacuité et de fatuité, ont l’immense avantage de permettre à certaines ou certains de nos collègues d’avoir l’illusion d’être importants. Ce n’est pas négligeable.

 Plus sérieusement, on peut aussi convenir, a contrario, qu’il est de la responsabilité d’une collectivité publique que de s’assurer et de garantir que chacun des groupes qui la composent ait accès à des programmes correspondant à ses références culturelles ou nationales. Ce que télégenève fait très bien. En effet, notre société genevoise n’est pas monolithique, elle est hétérogène de par les origines diversifiées de ses composantes qui retrouvent sur le téléréseau leurs programmes télévisuels nationaux.

Donc, télégenève en mains publiques c’est la certitude que le Portugais, l’Italien, l’Espagnol - ou que sais-je encore - aura accès à la télévision de son pays, c’est la certitude que les retraités pourront suivre le Tour de France, que certains internationaux allergiques à l’apprentissage de la langue de Molière pourront suivre CNN ou la BBC, etc. Le tout pour un prix modique.

offre diversifiée, outil d'intégration

Au contraire, le téléréseau en mains privées, c’est la garantie que l’offre de base sera immédiatement réduite à la portion congrue, qu’elle sera dominée par les "télés de caniveau" et que chaque groupe ou sous-groupe linguistique devra payer le prix fort pour accéder à ses programmes.

Ceux qui se gargarisent à longueur de journée avec le concept d’intégration devraient réfléchir à deux fois avant de sacrifier l’un des outils, et non le moindre qui permet le passage en douceur de la culture d’origine à celle d’accueil.

un outil au service de tous

 Enfin, Télégenève, avant d’être un transporteur de programmes télé, c’est surtout un réseau câblé de transport d’informations qui couvre l’ensemble du territoire de la ville. Avec l’arrivée des nouvelles techniques interactives de contrôle, de régulation ou d’assistance à distance ce réseau peut devenir un formidable outil au service de tous. Cet outil est encore sous-exploité, alors qu’il pourrait être utilisé au service de la population dans le domaine de la santé - en permettant à des personnes dépendantes de rester à leur domicile par exemple – ou dans le domaine de la sécurité avec les systèmes d’alarmes ou de télérégulation notamment.

 Cette dimension future du service public, le clergé de la nouvelle religion adoratrice du veau d’or ultralibéral ne l’a même pas imaginé car ces personnes sont incapables de concevoir autre chose que leur profit à court terme. Elles ne peuvent tenir compte des besoins actuels ou futurs de l’ensemble de la population dont elles se fichent comme d’une guigne.

sacrifier notre liberté à la NSA

 Nous le savons pourtant, la majorité des informations échangées demain seront « interactives », elles passeront au travers du réseau Internet. Nous le savons aussi, la technologie actuelle - réseau primaire en fibre optique et secondaire en coaxial - permet déjà d’énormes volumes de transferts de données numériques dans les deux sens. Alors, pouvons-nous prendre le risque de faire dépendre nos échanges futurs du bon vouloir d’une entreprise exclusivement commerciale basée à Denver et dont les soucis éthiques se limitent à faire un maximum de bénéfices en un minimum de temps quitte à sacrifier pour cela plus de 90 employés et la liberté d’information des 200'000 habitants de la Ville ? Non mesdames et messieurs, c’est tout simplement inacceptable, il en va de notre indépendance sinon de notre liberté… comme l’a démontré le récent scandale d’espionnage auquel se livre la NSA. Réfléchissons-y au lieu de vendre à l’encan nos biens les plus précieux.

 

l'interactivité sera la règle de demain

L’entreprise télégenève se porte bien. Elle peut, sans difficultés continuer d’investir dans la modernisation de son réseau afin que ce dernier puisse intégrer les besoins futurs de la population.

 

Je concluerai en rappelant que la communication est un domaine dont la maîtrise est devenue indispensable à nos sociétés évoluées, l’interactivité balbutiante aujourd’hui sera la règle de demain, rien que cela fait de notre téléréseau un service public. Et seule une collectivité peut en garantir la pérénité et l’indépendance.

 

Pierre Gauthier

16:43 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

L'arrogance de Sandrine Salerno n'a d'égal que celle de son client ... américain.

Un point de vue très intéressant , ici.

http://www.solidarites.ch/geneve/index.php/geneve/655-022-tele-geneve-naxoo-orwell

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 08/07/2013

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