21/05/2015

19-20 mai 2015 au sujet du Musée d'Art et d'Hitoire

 

 

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À voir l’émoi justifié entrainé par le risque de destruction des vestiges de la cité de Palmyre, je me dis qu’il existe encore des personnes qui comprennent que l’on ne peut pas construire l’avenir sans respecter et sans apprendre à respecter notre passé.

On s’apprête à détruire - ou du moins à défigurer - l’un des chefs d’œuvre architecturaux qu’est le bâtiment du Musée d’Art et d’histoire dû à l’architecte Marc Camoletti. Devant ce projet destructeur, je me dis que la mentalité des iconoclastes n’est pas près de disparaître, et je le regrette amèrement.

 

 

 

 


 

 

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un peu d'histoire

Dès sa construction, achevée en 1910, il avait été craint que le Musée soit à l’étroit dans ses murs actuels. C’est donc dans l’optique de son extension future que Marc Camoletti a construit son chef d’œuvre en alignant ses niveaux avec ceux des bâtiments des Casemates et des Beaux-Arts situés au-delà du passage Burlamacchi.

 

C’est en prévision de l’extension future du Musée vers ces deux bâtiments que la Ville de Genève et l’Etat ont passé une Convention en 1931, révisée en 1946, afin qu’en cas de nécessité d’extension, la Ville puisse racheter à l’Etat pour 1 million de francs, pas 133, le bâtiment des Beaux-Arts qui est occupé actuellement par une annexe de l’HEAD.

 

Cette convention a été soigneusement cachée et occultée par nos autorités successives qui se sont accrochées au bien mal nommé « projet Nouvel » comme une moule s’accroche à son bouchot.

 

En 1973, au Conseil municipal quand il a été question de cette convention, Claude Ketterer, Conseiller administratif de l’époque, a rappelé que c’est vers ces deux bâtiments que l’extension du Musée devait naturellement être faite et que cela était la solution la moins onéreuse.

 

La question du Musée n’est donc ni nouvelle ni Nouvel, elle est récurrente depuis plus d’un siècle. Ce qui est nouveau c’est que nos autorités ont décidé de renier le passé, de renier Marc Camoletti, pour obtenir une signature prestigieuse comme des groupies veulent celle de leur idole, Justin Bieber ou autre…

 

une genèse édifiante

La genèse du projet Nouvel, est édifiante et démontre l’incurie généralisée qui a entrainé l’absurdité à laquelle nous sommes réduits aujourd’hui.

 

Furieux que le concours d’architecture pour l’ilôt 13 des Grottes ait été attribué à un projet « local », le directeur du département des constructions de l’époque, Monsieur Michel Ruffieux, s’est exclamé : «  À Genève, on est même pas capables d’avoir Jean Nouvel. On doit avoir Jean Nouvel pour donner une leçon aux Genevois ! »

 

Voilà donc, qu’une rogne passagère est à l’origine de la plus incroyable gabegie que Genève a connu depuis… depuis… depuis…

 

Vingt années perdues, gâchées, sacrifiées et le Musée n’est toujours pas restauré !  Nous aurions pu largement en 20 ans restaurer le Musée dans ses murs, étendre ses salles d’exposition vers les Beaux-Arts et, pourquoi pas, excaver la butte de l’Observatoire où un gisement de plus de 10.000 m2 est disponible. Au lieu de cela, rien que du bourrage de crâne pour nous faire croire que bourrer la cour est la seule solution. On croirait entendre Margaret Thatcher et son célèbre et sinistre « there is no alternative »… Lamentable !

 

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en catimini

C’est donc dans le secret, en catimini, que, sans aucun respect des usages professionnels, sans aucune information au Conseil municipal, qu’est né le projet qui nous est soumis, bien qu'il soit aujourd'hui amputé et rafistolé.

 

Un appel d’offre est lancé, cinq bureaux sont sélectionnés. Le projet choisi, celui du bureau Jucker, associé au bureau parisien de Jean Nouvel, est choisi par un comité composé de 3 fonctionnaires : Messieurs Michel Ruffieux, Jean-Pierre Bossy, chef du service d’architecture de la Ville et  José Borella adjoint technique.

 

Le programme de l’appel d’offre était clair, il tenait en trois points principaux :

 

- restaurer le bâtiment actuel ;

 

- prévoir l’augmentation de ses surfaces  d’exposition « dans ses murs » ;

 

- étudier la couverture de la cour intérieure par une verrière.

 

Le projet retenu, ne respectait donc pas le programme défini mais… avec une esquisse signée Jean Nouvel, on allait enfin pouvoir « donner une leçon aux Genevois ! »

 

Une leçon à 80 millions qui se chiffre aujourd’hui à 130 millions. Une leçon pour laquelle on a déjà dépensé environ sept millions de frais d’études… Un peu chère la leçon quand même…

donner une leçon aux Genevois

 

Connaissant la géniale extravagance de Jean Nouvel, on peut imaginer que la facture actuelle de 132 millions subira une hausse, habituelle pour ce type de projet… la Philarmonique de Paris, devisée à 130 mios d’Euros coûtera le double voire le triple… Et, malgré l’immense confiance que Monsieur Pagani semble avoir en lui-même, je doute personnellement fort qu’il puisse, même avec ses petits bras musclés et ses sourcils froncés maintenir la facture dans les clous comme il s’en est déjà vanté…

 

Cela m’amène à poser quelques questions :

 

- Pourquoi le CM n’a-t-il pas été informé de l’appel d’offre ?

 

- Pourquoi le projet retenu n’a-t-il respecté aucun des 3 points principaux du programme ?

 

- Pourquoi malgré la valeur patrimoniale et architecturale du périmètre « Musée – Casemattes - Beaux-Arts » n’a-t-on pas lancé un véritable concours d’architecture comme c’est l’usage ?

 

- Pourquoi, au mépris des usages en vigueur, n’a-t-on pas fait procéder, préalablement à l’appel d’offre, à une étude historique, ni même consulté la Conseillère en conservation du patrimoine de la Ville de Genève Madame Martine Koeliker ? Alors que cette dernière a fait des études poussées pour toutes les autres opérations de ce type.

 

- Pourquoi aucuns travaux de restauration du bâtiment n’ont-ils été entrepris alors que c’est la seule et unique urgence et que c’est le plan A, indispensable avant tout autre action ?

 

Les dés étaient-ils pipés dès le début de la saga « pour donner une leçon aux Genevois ? »

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mécène, vous avez dit mécène?

Malgré ce que l’on a entendu çà et là, personne ne veut ni ne peut critiquer le mécénat. Le mécénat est d’ailleurs essentiel à de nombreux aspects des politiques culturelles. Mais, le mécénat, c’est donner sans contrepartie. Or, nous savons fort bien, et personne n’a jusqu’ici démontré le contraire, que la convention passée entre la Fondation Gandur pour l’Art et la Ville n’est pas du mécénat, c’est du business. Point. Mes deux collègues Maria Perez et Tobia Schnebli ont démontré que la contrepartie exigée par la Fondation Gandur pour l’Art à la Ville de Genève est exorbitante. Nous l’avons estimée au bas mot à 10 fois les 20 à 30 millions promis… Ce n’est pas du mécénat, c’est du business.

 

D’ailleurs celles et ceux qui suivent ce dossier du MAH depuis longtemps savent également fort bien qu’à la suite de l’éviction calamiteusement gérée du directeur précédent, plusieurs mécènes genevois, de vrais mécènes ceux-là, ont décidé de quitter le Musée d’art et d’histoire. Alors, qu’on ne vienne pas nous dire aujourd’hui que c’est nous qui les avons fait partir. C’est l’incurie généralisée des autorités administratives qui préside à la gestion de ce dossier depuis les années 90 jusqu’à aujourd’hui qui a de quoi rebuter les plus généreux et les plus désintéressés. 

 

chèque en blanc

 

Aujourd’hui, le Conseil administratif nous propose de lui signer un chèque en blanc pour un mauvais projet. Un projet mal emmanché dès le début, un projet combattu par deux recours en justice, un projet combattu par deux des plus importantes et respectables associations de défense du patrimoine, un projet contesté par 3 partis importants de ce parlement, un projet qui, s’il est accepté par ce Conseil, sera vraisemblablement combattu par référendum et sera, je le souhaite ardemment, balayé par les citoyennes et les citoyens qui, au-delà des clivages politiques habituels, n’aiment pas être pris pour des idiots.

 

Il faut bien sûr refuser ce projet que nos autorités successives maintiennent artificiellement en vie par paresse et par absence de courage politique. Non, ce n’est pas aux Genevois qu’il faut donner une leçon, c’est à ceux qui s’acharnent qui s’entêtent et qui du fait de leur incroyable obstination ont fait perdre 20 ans précieux à la culture et à l’architecture.

Il faut donner une leçon à ceux qui, non contents de nous avoir fait perdre notre temps, veulent aujourd’hui travestir et occulter la richesse de notre histoire et de notre patrimoine sous les paillettes et le strass de la vanité, de ce qui est vain.

 

Alain Vaissade doit être remercié d’avoir été le seul homme politique vraiment sage dans cette saga sans fin où valsent les millions. Pourquoi ses successeurs n’ont-ils pas eu l’intelligence de laisser les étagères - même signées d’un génie - dans le tiroir à oubli d’où elles n’auraient jamais dû sortir ?

 

importance nationale

Le Musée d’Art et d’Histoire est un bâtiment inscrit à l’inventaire fédéral ISOS. C’est donc un bâtiment jugé d’importance nationale, dont l’inscription implique qu’il mérite spécialement d’être conservé intact… Intact Mesdames et Messieurs…

 

Contrairement à la boutade de ma collègue Maria Perez, l’architecture n’est pas plus « des goûts et des couleurs » que la peinture ou le bricolage.

 

L’architecture, c’est l’art du vide, c’est l’art de l’espace, ce n’est pas l’art du plein… Ainsi, remplir la cour du MAH - c’est-à-dire remplir un espace qui a été défini et pensé comme vide par son créateur Marc Camoletti - c’est nier la pensée même de ce créateur, c’est mépriser le projet de l’architecte, c’est renier l’artiste, c’est profaner notre mémoire.

intact

 

Je conclurai en vous emmenant au Tessin où, tout comme  le Musée d’Art et d’Histoire, le Palazzo Turconi de Mendrisio est lui aussi inscrit à l’inventaire fédéral ISOS des biens d’importance nationale. Or, après un long combat mené par la section tessinoise de Patrimoine suisse, la Commission fédérale des monuments historiques et le Conseil fédéral ont contraint la municipalité de Mendrisio à annuler leur projet de construction d’une bibliothèque dans la cour dudit Palazzo.

 

Que ce soit à Mendrisio, à Berne, à Lausanne ou à Genève, quand la loi dit intact, ça veut dire intact… Que l’on veuille nous bourrer le crâne avec le bourrage de la cour qui est l’élément central qui donne tout le sens au Musée construit par Marc Camoletti n’y changera rien.

Quand la loi dit Intact, cela veut dire intact.

 

 

 

18:54 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bravo!

Genève est pourrie par le fric.

Écrit par : Johann | 22/05/2015

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