14/03/2016

Laïcité... que de crimes contre l'intelligence sont commis en ton nom!

Voici la déclaration que je n'ai pas pu prononcer le mercredi 9 mars 2016 au Conseil municipal de la Ville de Genève en réponse au discours surprenant de Madame Sandrine Salerno. Cette dernière a promu le communautarisme alors que sa responsabilité d'élue de la République aurait du l'inciter à respecter notre Constitution.

Les élucubrations ridicules de deux élus municipaux ayant de plus conduit à l'interruption de la délibération et donc à la censure de mes propos, je vous en livre la substance ci-dessous.

images - copie 8.jpg"Monsieur le Président, chères et chers collègues.

Il n'y a pas plusieurs laïcités, il n'y en a qu'une seule. La définition de ce mot se trouve aisément dans tous les dictionnaires que chacun peu consulter. La laïcité peut se définir comme suit: "La laïcité ou le sécularisme est le principe de séparation de l'État et de la religion et donc l'impartialité ou la neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses."

On décline généralement la laïcité en quatre piliers indissociables les uns des autres: la liberté de conscience, l'égalité des citoyennes et des citoyens (non discrimination), la séparation des églises et de l’État et enfin, la neutralité confessionnelle de ce dernier.

Ainsi, la neutralité confessionnelle de l’État - et donc de ses agents - est une composante fondamentale, indissociable de la laïcité. C'est aussi, à Genève, un principe constitutionnel auquel on ne peut déroger. Or, neutralité signifie ni l'un ni l'autre, Ainsi, dans le cadre de la neutralité religieuse de l’État, ses agents doivent s'abstenir de manifester leurs convictions religieuses dans l'exercice de leur fonction de service public. Car, en plus d'être une obligation légale, c'est aussi une question de respect vis-à-vis des usagers des différents services publics qui ne doivent pas être soumis au prosélytisme religieux de la part des fonctionnaires. 

Cette neutralité a permis de préserver notre Cité de tout conflit inter-confessionnel et de toute violence inter-communautaire. Ainsi, contrairement à ce qu'affirmait bien à tort Madame la Conseillère administrative Sandrine Salerno dans son introduction, il n'y a pas plusieurs laïcités, il n'y en a qu'une et une seule. La laïcité n'est pas un plat sur un menu de restaurant... À la mode de Caen, à la milanaise, à la française à la turque, ouverte, entr'ouverte, fermée, inclusive, exclusive, etc. Non! Soyons sérieux! La laïcité est ce qui est laïque, un point c'est tout.

images1.jpgbanaliser le communautarisme

Ajouter un qualificatif à la laïcité c'est vouloir la restreindre pour mieux la détruire. C'est ainsi qu'agissent les intégristes qui tentent par tous les moyens de banaliser le communautarisme afin de remplacer l'unité républicaine par une segmentation du peuple en communautés imperméables les unes aux autres. Diviser pour régner, enfermer les êtres humains dans des identités fictives pour mieux les contrôler et mieux les asservir. La République est une et indivisible, elle représente le peuple tout entier, le "laos" des Grecs. Au sein de la République, chacune et chacun y est une citoyenne ou un citoyen jouissant des mêmes droits et des mêmes libertés. Au contraire, la communauté tend à devenir une prison d'où on ne peut sortir et à laquelle, selon son origine, ses croyances, on est obligé d'appartenir. La République, laïque et démocratique rassemble toutes les différences et les protège par la loi, identique pour toutes et tous. La communauté au contraire isole, sépare, divise et renforce les antagonismes en creusant les inégalités et les discriminations basées sur le sexe, l'ethnie, la croyance, l'origine ou les convictions politiques. Le communautarisme c'est la version, qui se veut présentable, du racisme alors que la laïcité respecte les droits égaux de chacune et de chacun, la laïcité, c'est la liberté.

inculture abyssale

Madame Salerno commet une autre erreur en prétendant abusivement que la laïcité aboutirait à la suppression de toute référence aux religions dans l'espace public. Prétendre une telle ânerie relève soit d'une inculture abyssale soit de perversité politique. La laïcité n'est pas l’irréligion car la laïcité n'est qu'un principe d'organisation de l’État. La laïcité n'a d'autre but que la neutralité confessionnelle des institutions étatiques afin que l’État ne puisse ni favoriser ni prétériter quiconque du fait de ses appartenances. La laïcité est la mise en œuvre de l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'Homme qui dit: "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et un droit, ils sont doués de conscience et de raison, ils agissent les uns envers les autres dans un esprit de fraternité." La laïcité, c'est l'antithèse du communautarisme.

IMG_0434.JPGÉtat et société

L'erreur de Madame Salerno vient d'une confusion (volontaire?) entre les concepts d’État et de Société. Cette confusion est entretenue par les intégristes obscurantistes de tous bords pour tromper et manipuler les esprits.

Voyons quels sont les caractéristiques principales de l’État selon divers auteurs :

Machiavel (1469-1527) définit l’État comme le pouvoir central souverain qui soustrait l’action politique des considérations morales et religieuses.

Martin Luther (1483-1546), critiquant la logique de pouvoir de l’Église catholique, affirme ainsi la séparation totale entre le royaume de Dieu et celui du monde.

Jean Bodin (1529-1596) constate pour sa part l’existence d’un pouvoir public jouant le rôle d’unificateur de l’ordre social : il conçoit l’État comme le siège de la puissance souveraine et, à ce titre, il le différencie de la société.

La philosophie des Lumières et les théories du contrat social apportent des réponses justifiant l’existence de l’État : en garantissant l’ordre social, l’État marque le passage de l’état de nature, caractérisé par la guerre de tous contre tous, à l’état civil, dans lequel chacun est libre en obéissant à la loi de tous.

Karl Marx (1818-1883), pense que la Nation est secondaire par rapport aux classes sociales, dont l’existence découle des rapports de production. L’État apparaît en se différenciant de la société civile et son rôle, dans le système capitaliste, est de permettre le maintien des rapports d’exploitation.

Max Weber (1864-1920) refuse cette vision déterministe de l’État : pour lui, l’économie et la politique sont deux domaines distincts, la première étant caractérisée par la satisfaction des besoins, la seconde, par la domination de l’homme sur l’homme. Dans ce cadre, l’État apparaît comme une institution qui, sur un territoire donné, dispose du monopole de la violence physique légitime. Cela signifie que les individus reconnaissent l’autorité de l’État en acceptant de lui obéir. (source)

Finalement, sur le plan juridique, le critère principal de l’État est celui de l’exercice de la souveraineté, qui est un pouvoir inconditionné, dont tous les autres pouvoirs dérivent. Cela signifie qu’à l’intérieur du territoire dont il a la charge, l’État dispose de la compétence de ses compétences. Or, à Genève, l'article 3 de la Constitution est sans équivoque quand il précise : "L’État est laïque. Il observe une neutralité religieuse."

La société est quand à elle plus difficile à cerner car, selon les approches, ses contours sont rarement définis avec précision. C'est pour cela que les sociologues la dissèquent et l'étudient en recourant à la segmentation en groupes et en sous-groupes qu'ils étudient au moyen de la statistique. Pour faire court, si l’État est une institution la société est une communauté d'individus organisée autour d'institutions communes dans le cadre d'un État ou plus généralement dans le cadre d'une civilisation à un moment historique défini.(source)

IMG_0617.JPGsans discrimination ni privilège

Ce n'est donc pas en tant que membre d'une communauté que les individus se rassemblent sous la protection de l’État mais en tant que citoyennes ou citoyens toutes et tous soumis aux mêmes règles qui, dans le cas précis de notre République s'adressent à toutes et tous sans discrimination ni privilège.

En une formule: si la société révèle le droit à la différence, l’État interdit la différence de droits.

Pour conclure, le choix qui s'offre à nous est clair. Soit nous renonçons à nos libertés de citoyennes et de citoyens égaux en dignité et en droit en embrassant le communautarisme, soit nous garantissons à toutes et tous la protection impartiale de la loi, elle-même conséquence de la laïcité de notre République laïque et démocratique.

Il nous faut donc accepter le projet de délibération présenté par Madame Natacha Desfayes qui confirme au niveau communal genevois l'impérieuse nécessité de promouvoir la neutralité confessionnelle de l’État et de ses agents Il importe en effet d'urgence de faire pièce aux tentatives liberticides des intégristes sectaires qui veulent transformer les femmes - nos alter égales - en esclaves soumises à des dogmes religieux inacceptables et obscurantistes.

Je vous remercie."

Pierre Gauthier

PS le projet de délibération de Madame Natacha Buffet-Desfayes est disponible ci-dessous:

PRD_Buffet_CM.jpg

 

 

        

 

 

Commentaires

Je n'ai pas pour habitude de relayer ici des commentaires qui ne s'adressent pas à moi. Je fais exceptionnellement une entorse à ce principe bien que je trouve excessifs les propos de Monsieur Liebermann.
PG

Monsieur Gauthier,

Votre mise au point est roborative. Il se trouve que sur le sujet de la laïcité, M. Holenweg refuse de passer le commentaire suivant. Auriez-vous l'amabilité de le publier? Il est bien regrettable que certaines personnes soi-disant à "gauche", défendent une idéologie politique totalitaire.

"Monsieur Holenweg,
Vous commentez: ""Vous n'avez pas encore intégré que l'islam dès son origine est une idéologie politique totalitaire de conquête du pouvoir. C'est un terrorisme qui terrorise les esprits simples par la peur de l'enfer et la promesse du paradis". Bref, c'est un monothéisme, héritier parfaitement légitime de ceux qui l'ont précédé et à la source desquels il s'est abreuvé."
- Désolé, mais le judaïsme de la Torah n'a aucune idée du paradis ou de l'enfer.

""Les religieux qui nous les brisent" sont les islamistes plus que tous les autres qui sont inoffensifs et qui tout au plus nous emmerdent, mais ne cassent pas une patte à un canard et encore moins le décapitent". Disons qu'ils ne le font plus..."
- On dirait que vous êtes nostalgique de cette période juste pour pouvoir placer sur le même plan les autres idéologies et l'islam.

"J'ajoute tout de même qu'on ne combat pas l'intégrisme (islamique, en l'occurrence) en punissant ses victimes (une femme portant foulard), simplement parce qu'elles sont à portée de punition..."
Ce que vous vous refusez à comprendre c'est que ces femmes ne sont pas des victimes, mais des complices. Ou alors ils faut aussi qualifier ceux qui porteraient une svastika de "victimes".
Il s'agit de combattre tous ceux et celles qui manifestent cette idéologie politique totalitaire.

J'ajoute qu'un État laïque n'a pas à prendre l'islam en considération, car il ne s'agit pas d'une "religion", mais d'une idéologie politique totalitaire à traiter pareil que le nazisme. L'islam vise à détruire tout État démocratique. Nous sommes en état de légitime défense face à cette idéologie.

Merci à Madame Vallette pour son commentaire parfaitement éclairant."

Référence de la "discussion":
http://causetoujours.blog.tdg.ch/archive/2016/03/10/la-laicite-par-et-pour-les-nuls-274707.html?c

Écrit par : Charles | 12/03/2016

A genève on reste depuis 2012

dans l'attente des règlementations d'application des lois constitutionnelle de Genève sur la laïcité: donc bravo au PLR

http://www.ge.ch/constitution/

n'en déplaise aux gauchistes qui ne défendent pas les victimes d'apôtres intégristes dans ce canton

dont cette comédienne Anna Perez, déjà condamnée en 2015, bien que licenciée et ayant perdu aux Prud'hommes, pour diffamation,

qui a voulu en bloquer les débats
histoire de faire le buzz

Écrit par : divergente | 12/03/2016

Merci, Pierre Gauthier, pour cette mise au point très éclairée. L'inculture de certains élus en matière de laïcité est en effet inquiétante quant on pense que dangers que le communautarisme fait courir à nos sociétés républicaines et démocratiques. les Anglo-Saxons qui avaient cru pouvoir l'adopter en sont revenus.

Écrit par : Magali Orsini | 12/03/2016

"Prétendre une telle ânerie relève soit d'une inculture abyssale soit de perversité politique."
Madame Salerno voit le monde à travers des lunettes de son idéologie, qu'il s'agisse de favoriser le communautarisme musulman ou la réforme du vocabulaire. Et tant pis pour la réflexion, tant pis pour l'intelligence, tant pis pour les nuances, tant pis donc pour la culture.

Écrit par : Mère-Grand | 12/03/2016

Le problème de Mme Salerno est le même qu'une grande partie de sa communauté politique.

Ui ne se souvient pas du très ridicule "Pour un islam de gauche" de Toto Thévoz?

Écrit par : G. Vuilliomenet | 12/03/2016

Dans un Etat de droit, au même titre qu'il n'existe qu'une seule loi, il ne peut exister qu'une seule laïcité.

Par conséquent la laïcité n'est pas à géométrie variable et ne peut être interprétée par quelque critère théologique que ce soit.

Au même titre que - toujours dans un Etat de droit - la justice ne peut être ni de gauche ni de droite, la laïcité n'est ni judaïque, ni chrétienne, ni musulmane, ni athée : elle EST tout simplement !

Merci à l'auteur pour cette mise au point. Puisse-t-il être entendu par les égaré(e)s de la République !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 12/03/2016

Les socialistes vendraient père et mère (voilée) pour attirer des électeurs. Leur politique est dogmatique, c'est la raison pour laquelle ils se sentent très à l'aise avec les musulmans radicaux. Pour eux, peu importe de fragiliser la démocratie et la laïcité qui ont apporté prospérité et fraternité, ils n'ont qu'un seul but: gouverner en piétinant nos libertés, sans aucun état d'âme.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 13/03/2016

Monsieur Gauthier,je suis d’accord avec vos propos du début. Mais il me semble que vous vous écartez du sujet lorsque vous parlez des intégristes qui par le communautarisme veulent restreindre cette laïcité pour mieux la détruire, remplacer l'unité républicaine par une segmentation du peuple en communautés imperméables les unes aux autres.
A aucun moment, la laïcité, neutralité qui est celle de l’État et non de ses composantes ou de ses citoyens n’est utile pour empêcher le communautarisme. D’ailleurs, elle ne l’a empêché nulle part en Europe et surtout pas en France. Il est vrai que ses dirigeants se sont en partie assis dessus.
De même, ce n’est pas la laïcité qui garantit que «chacune et chacun est une citoyenne ou un citoyen jouissant des mêmes droits et des mêmes libertés.»
Mais oui, «Lla République, laïque et démocratique rassemble toutes les différences et les protège par la loi, identique pour toutes et tous.»
La laïcité PROTÉGE les diverses pratiques religieuses, y compris celles des intégristes musulmans.
En fait, il faut me semble-t-il se tourner vers une autre valeur pour résoudre vraiment les problèmes,la LIBERTÉ RELIGIEUSE telle que la définissent la Déclaration et la Convention des droits l’homme, soit «la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, EN PUBLIC OU EN PRIVÉ, par le culte, l’enseignement, LES PRATIQUES ET L’ACCOMPLISSEMENT DES RITES.» (art.9)
Cette garantie autorise les musulmans à réclamer de faire leur prières à l’école (cf Lucerne qui l'accepte dans deux établissements)ou dans les lieux de travail (un groupe de jeunes musulmans le demande en Suisse), à réclamer des tables sans alcool ou sans porc à la cantine, à exiger que les femmes soient soignées par des hommes dans les lieux de soins, à s’habiller en djellabas et en niqabs, à obtenir des dispenses de ceci et de cela, des jours de congé spéciaux, des aménagements pour résister aux effets délétères du ramadan, etc. etc.
A un certain moment, laïcité et liberté religieuse sont en contradiction.
On pourrait par un ajout (insatisfaisant) rappeler que tous les administrés doivent être traités de manière égale et en donnant des exemples (hôpitaux justement, foulard des fillettes, restaurants d’institutions, etc.)
Mais pour travailler sérieusement, il faudrait se résoudre à voter une loi qui limite la liberté religieuse.
C’est ce qu’aucun pays démocratique n’a osé faire et c’est la raison pour laquelle aucun n’a jamais réussi, malgré d’innombrables concessions, à résoudre le catalogue infini de revendications que posent depuis des décennies les musulmans pieux et leurs guides.

Écrit par : Mireille Vallette | 14/03/2016

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