12/12/2016

Rien ne va plus

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La séance budgétaire du Conseil municipal genevois du samedi 10 décembre s'est terminée par le renvoi du budget en commission. Fallait-il voter ce renvoi? Fallait-il ne pas le voter? Les avis sont partagés. Je pense néanmoins qu'il était indispensable de mettre un terme à la pantalonnade ridicule et au spectacle lamentable donné par ce Conseil municipal lors de cette session.

l'adoption en trois temps

L'adoption du budget est l'acte délibératif le plus important de l'année municipale, elle se déroule en trois temps.

Tout d'abord, la présentation en septembre d'un premier projet de budget par le Conseil administratif et son envoi pour étude et éventuels amendements (modifications) en commissions des finances et spécialisées.

Ensuite, l'étude proprement dite du budget et ses éventuelles modifications par la commission des finances qui a environ quatre mois pour travailler. C'est durant cette période que le canton transmet les données fiscales définitives au Conseil administratif qui révise son projet de budget en conséquence.

Enfin, la discussion finale en séance plénière du Conseil municipal. Cette dernière séance étant destinée à travailler sur les propositions formulées par la Commission des finances et sur la version finale intégrant les données fiscales du canton ainsi que les amendements adoptés en commission.

une majorité incapable d'assumer ses responsabilités

Or, durant les quatre mois qui lui étaient alloués, la majorité de droite de la Commission des finances n'a pas proposé de modifications au projet de budget. Ainsi, force est de constater que cette majorité PLR, PDC, UDC et MCG a failli à son devoir délibératif et s'est montrée incapable d'assumer les responsabilités qu'elle ne cesse de revendiquer. C'est grave.

La session budgétaire était donc très mal "emmanchée". Ce refus majoritaire indique que cette majorité de droite fuit ses responsabilités et manque à tous ses devoirs. À cette incapacité politique de la droite s'est ajoutée la faillite du système de vote informatique de la salle de l'Hôtel de Ville. Enfin, alors que la droite n'a rien fait pendant quatre mois en commission, elle a jugé intelligent (!) de déposer une avalanche d'amendements en plénière. 

Travailler sur un budget est une affaire complexe et sérieuse qui demande du temps, de la précision et la possibilité de récolter des informations sur les enjeux discutés. C'est déjà difficile au sein d'une commission de quinze personnes, c'est "mission impossible" en séance plénière de quatre-vingt élus. 

maquiller son incapacité politique

Ainsi, même si personne n'est dupe de la manœuvre un peu grossière de la droite qui a proposé de renvoyer le budget en commission pour maquiller son incapacité politique, il n'était pas envisageable de continuer à siéger en session budgétaire dans les conditions de ce samedi 10 décembre. C'est pour cela que, comme les Verts et d'autres élus de gauche, j'ai soutenu le renvoi en commission des finances.

Concrètement, si les commissaires aux finances décidaient de faire sérieusement leur travail au lieu de se perdre dans des postures politiciennes stériles, en deux séances, la commission des finances pourrait avoir terminé son travail et le Conseil municipal pourrait adopter un budget 2017 en à peine 2 heures de séance... La loi nous donne jusqu'au 31 décembre pour le faire... Si les commissaires aux finances décidaient de faire sérieusement leur travail...

La moralité de cette pantalonnade est que la population est lasse d'une majorité d'élues et d'élus de droite dont le comportement infantile est une insulte à la démocratie. Qu'on ne s'étonne pas de voir les citoyennes et les citoyens bouder les urnes ou, pour une minorité, confier ses destinées à des démagogues et des populistes qui, pourtant, se fichent comme d'une guigne des problèmes rencontrés par les plus démunis d'entre nous.

respecter le peuple

Il est temps d'aborder la politique "autrement" et, en priorité, de respecter le peuple d'où les élus tirent leur légitimité le temps de leurs mandats. Le temps des petites manœuvres politiciennes est révolu.

Comme le dit notre Constitution: "La souveraineté réside dans le peuple, qui l’exerce directement ou par voie d’élection. Tous les pouvoirs politiques et toutes les fonctions publiques ne sont qu’une délégation de sa suprême autorité."

Je souhaite qu'après cette démonstration d'incompétence où la droite s'est moquée ouvertement de la population qui l'a élue, le retour de manivelle soit sévère et sans appel.

 

 

 

 

14/03/2016

Laïcité... que de crimes contre l'intelligence sont commis en ton nom!

Voici la déclaration que je n'ai pas pu prononcer le mercredi 9 mars 2016 au Conseil municipal de la Ville de Genève en réponse au discours surprenant de Madame Sandrine Salerno. Cette dernière a promu le communautarisme alors que sa responsabilité d'élue de la République aurait du l'inciter à respecter notre Constitution.

Les élucubrations ridicules de deux élus municipaux ayant de plus conduit à l'interruption de la délibération et donc à la censure de mes propos, je vous en livre la substance ci-dessous.

images - copie 8.jpg"Monsieur le Président, chères et chers collègues.

Il n'y a pas plusieurs laïcités, il n'y en a qu'une seule. La définition de ce mot se trouve aisément dans tous les dictionnaires que chacun peu consulter. La laïcité peut se définir comme suit: "La laïcité ou le sécularisme est le principe de séparation de l'État et de la religion et donc l'impartialité ou la neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses."

On décline généralement la laïcité en quatre piliers indissociables les uns des autres: la liberté de conscience, l'égalité des citoyennes et des citoyens (non discrimination), la séparation des églises et de l’État et enfin, la neutralité confessionnelle de ce dernier.

Ainsi, la neutralité confessionnelle de l’État - et donc de ses agents - est une composante fondamentale, indissociable de la laïcité. C'est aussi, à Genève, un principe constitutionnel auquel on ne peut déroger. Or, neutralité signifie ni l'un ni l'autre, Ainsi, dans le cadre de la neutralité religieuse de l’État, ses agents doivent s'abstenir de manifester leurs convictions religieuses dans l'exercice de leur fonction de service public. Car, en plus d'être une obligation légale, c'est aussi une question de respect vis-à-vis des usagers des différents services publics qui ne doivent pas être soumis au prosélytisme religieux de la part des fonctionnaires. 

Cette neutralité a permis de préserver notre Cité de tout conflit inter-confessionnel et de toute violence inter-communautaire. Ainsi, contrairement à ce qu'affirmait bien à tort Madame la Conseillère administrative Sandrine Salerno dans son introduction, il n'y a pas plusieurs laïcités, il n'y en a qu'une et une seule. La laïcité n'est pas un plat sur un menu de restaurant... À la mode de Caen, à la milanaise, à la française à la turque, ouverte, entr'ouverte, fermée, inclusive, exclusive, etc. Non! Soyons sérieux! La laïcité est ce qui est laïque, un point c'est tout.

images1.jpgbanaliser le communautarisme

Ajouter un qualificatif à la laïcité c'est vouloir la restreindre pour mieux la détruire. C'est ainsi qu'agissent les intégristes qui tentent par tous les moyens de banaliser le communautarisme afin de remplacer l'unité républicaine par une segmentation du peuple en communautés imperméables les unes aux autres. Diviser pour régner, enfermer les êtres humains dans des identités fictives pour mieux les contrôler et mieux les asservir. La République est une et indivisible, elle représente le peuple tout entier, le "laos" des Grecs. Au sein de la République, chacune et chacun y est une citoyenne ou un citoyen jouissant des mêmes droits et des mêmes libertés. Au contraire, la communauté tend à devenir une prison d'où on ne peut sortir et à laquelle, selon son origine, ses croyances, on est obligé d'appartenir. La République, laïque et démocratique rassemble toutes les différences et les protège par la loi, identique pour toutes et tous. La communauté au contraire isole, sépare, divise et renforce les antagonismes en creusant les inégalités et les discriminations basées sur le sexe, l'ethnie, la croyance, l'origine ou les convictions politiques. Le communautarisme c'est la version, qui se veut présentable, du racisme alors que la laïcité respecte les droits égaux de chacune et de chacun, la laïcité, c'est la liberté.

inculture abyssale

Madame Salerno commet une autre erreur en prétendant abusivement que la laïcité aboutirait à la suppression de toute référence aux religions dans l'espace public. Prétendre une telle ânerie relève soit d'une inculture abyssale soit de perversité politique. La laïcité n'est pas l’irréligion car la laïcité n'est qu'un principe d'organisation de l’État. La laïcité n'a d'autre but que la neutralité confessionnelle des institutions étatiques afin que l’État ne puisse ni favoriser ni prétériter quiconque du fait de ses appartenances. La laïcité est la mise en œuvre de l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'Homme qui dit: "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et un droit, ils sont doués de conscience et de raison, ils agissent les uns envers les autres dans un esprit de fraternité." La laïcité, c'est l'antithèse du communautarisme.

IMG_0434.JPGÉtat et société

L'erreur de Madame Salerno vient d'une confusion (volontaire?) entre les concepts d’État et de Société. Cette confusion est entretenue par les intégristes obscurantistes de tous bords pour tromper et manipuler les esprits.

Voyons quels sont les caractéristiques principales de l’État selon divers auteurs :

Machiavel (1469-1527) définit l’État comme le pouvoir central souverain qui soustrait l’action politique des considérations morales et religieuses.

Martin Luther (1483-1546), critiquant la logique de pouvoir de l’Église catholique, affirme ainsi la séparation totale entre le royaume de Dieu et celui du monde.

Jean Bodin (1529-1596) constate pour sa part l’existence d’un pouvoir public jouant le rôle d’unificateur de l’ordre social : il conçoit l’État comme le siège de la puissance souveraine et, à ce titre, il le différencie de la société.

La philosophie des Lumières et les théories du contrat social apportent des réponses justifiant l’existence de l’État : en garantissant l’ordre social, l’État marque le passage de l’état de nature, caractérisé par la guerre de tous contre tous, à l’état civil, dans lequel chacun est libre en obéissant à la loi de tous.

Karl Marx (1818-1883), pense que la Nation est secondaire par rapport aux classes sociales, dont l’existence découle des rapports de production. L’État apparaît en se différenciant de la société civile et son rôle, dans le système capitaliste, est de permettre le maintien des rapports d’exploitation.

Max Weber (1864-1920) refuse cette vision déterministe de l’État : pour lui, l’économie et la politique sont deux domaines distincts, la première étant caractérisée par la satisfaction des besoins, la seconde, par la domination de l’homme sur l’homme. Dans ce cadre, l’État apparaît comme une institution qui, sur un territoire donné, dispose du monopole de la violence physique légitime. Cela signifie que les individus reconnaissent l’autorité de l’État en acceptant de lui obéir. (source)

Finalement, sur le plan juridique, le critère principal de l’État est celui de l’exercice de la souveraineté, qui est un pouvoir inconditionné, dont tous les autres pouvoirs dérivent. Cela signifie qu’à l’intérieur du territoire dont il a la charge, l’État dispose de la compétence de ses compétences. Or, à Genève, l'article 3 de la Constitution est sans équivoque quand il précise : "L’État est laïque. Il observe une neutralité religieuse."

La société est quand à elle plus difficile à cerner car, selon les approches, ses contours sont rarement définis avec précision. C'est pour cela que les sociologues la dissèquent et l'étudient en recourant à la segmentation en groupes et en sous-groupes qu'ils étudient au moyen de la statistique. Pour faire court, si l’État est une institution la société est une communauté d'individus organisée autour d'institutions communes dans le cadre d'un État ou plus généralement dans le cadre d'une civilisation à un moment historique défini.(source)

IMG_0617.JPGsans discrimination ni privilège

Ce n'est donc pas en tant que membre d'une communauté que les individus se rassemblent sous la protection de l’État mais en tant que citoyennes ou citoyens toutes et tous soumis aux mêmes règles qui, dans le cas précis de notre République s'adressent à toutes et tous sans discrimination ni privilège.

En une formule: si la société révèle le droit à la différence, l’État interdit la différence de droits.

Pour conclure, le choix qui s'offre à nous est clair. Soit nous renonçons à nos libertés de citoyennes et de citoyens égaux en dignité et en droit en embrassant le communautarisme, soit nous garantissons à toutes et tous la protection impartiale de la loi, elle-même conséquence de la laïcité de notre République laïque et démocratique.

Il nous faut donc accepter le projet de délibération présenté par Madame Natacha Desfayes qui confirme au niveau communal genevois l'impérieuse nécessité de promouvoir la neutralité confessionnelle de l’État et de ses agents Il importe en effet d'urgence de faire pièce aux tentatives liberticides des intégristes sectaires qui veulent transformer les femmes - nos alter égales - en esclaves soumises à des dogmes religieux inacceptables et obscurantistes.

Je vous remercie."

Pierre Gauthier

PS le projet de délibération de Madame Natacha Buffet-Desfayes est disponible ci-dessous:

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13/12/2015

Protégez-moi de mes amis...

Une remarque comme ça, rapide, en passant. Une pensée entre deux sessions budgétaires du Conseil municipal de la Ville de Genève. Un constat dû au désarroi affiché par le Conseiller administratif Sami Kanaan, incrédule victime des attaques meurtrières d'une droite recomposée... Une pensée pour cette phrase que l'on prononce souvent sans savoir d'ailleurs qui l'a vraiment prononcée et dans quelles circonstances... 

"Protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge..."

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Après s'être courbé servilement devant ses "amis", des grands bourgeois fats et nantis qui veulent s'approprier le Musée d'Art et d'Histoire qu'ils considèrent comme leur appartenant.

Après avoir encensé urbi et orbi son "ami" le vrai-faux mécène dont la fortune s'est construite au cœur des régimes africains les plus violents et les plus corrompus. Un aventurier talentueux et carnassier enrichi par l'appropriation de terres agricoles qui nourrissaient hier des milliers de paysans aujourd'hui spoliés et réduits à la famine.

Après avoir plastronné de cocktails en conférences, entouré de ses "amis" de la droite bling-bling et de l'extrême-droite inculte afin d'abuser la population par une communication faite d’esbroufe mensongère.

Après avoir cédé à l'insistance de ses "amis" pour tenter de faire croire que les 140 millions engloutis dans le saccage du plus beau joyau architectural de la Ville de Genève, l’œuvre de Marc Camoletti, sont indispensables à la sauvegarde du bâtiment...

Après avoir menti... après s'être compromis avec la droite et l'extrême-droite... après avoir refusé obstinément de se rendre à l'évidence que le Musée d'Art et d'Histoire ne sera jamais vendu à des vandales, à des m'as-tu-vu et à des iconoclastes... 

Après avoir donné à ses "amis" tous les gages de sa servilité, tous les gages du reniement de ses "valeurs de gauche"...

Après tant de courbettes, tant de soumission, tant de léchage de bottes...

Après... après... voici que Monsieur Kanaan est poignardé dans le dos. Le voici trahi par ceux-là mêmes dont il croyait naïvement que ses bassesses avaient acheté la protection...

Voici que ses nouveaux maîtres lui coupent son budget culturel - emblème de son micro pouvoir - et lui infligent un camouflet public, sonore et douloureux.

Ah que la servilité est maudite! Ah que la trahison est amère...

Réveillez-vous Monsieur le Conseiller administratif et retrouvez vos esprits! Vos "amis" n'en sont pas. Ils vous ont utilisé, ils vous ont trahi, ils vous ont humilié... Avec vous, ils ont humilié toute ce que Genève compte d'artistes, de créateurs et d'acteurs culturels. Plus que votre département, plus que votre budget, c'est toute la culture genevoise qu'ils ont amputé.

Vos "amis" PS, PDC, PLR et MCG n'en sont pas... Ils vous ont flatté, manipulé, roulé dans la farine et maintenant ils vous laissent tomber car ils n'ont plus besoin de vous.

"Monsieur, apprenez que tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute: cette leçon vaut bien un fromage sans doute." (Jean de La Fontaine)

À Genève, un dimanche soir de décembre 2015

22:18 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)